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Architecture & Design

Zenith ouvre sa Manufacture aux touristes du monde

Il était une fois un grenier authentique où se raconte l’une des histoires les plus folles de l’horlogerie: celle d’un certain Charly dont la désobéissance contribua à sauver l’horlogerie mécanique suisse. Visite guidée…

Par Joël A. Grandjean
Contributeur

Dans cet endroit du monde, c’est connu, les caractères bien trempés sont monnaie courante. Les rigueurs de l’hiver, la rudesse du climat et les isolements de la vie en montagne, imposent aux êtres humains des pressions qui les rendent plus solides, plus résistants et donc certainement plus enclins à camper sur leurs certitudes.
 

Le visionnaire et le calibre de légende

Georges Favre-Jacot devait être visionnaire, voire un peu fou, pour oser implanter en 1865 son premier atelier destiné à devenir, sous sa vision de pionnier de l’industrialisation, une véritable Manufacture entièrement dédiée à la perfection d’un calibre nommé Zenith. Un calibre, une montre, une marque enfin. Une marque riche d’une histoire qui fricote avec plus de 2300 prix de précision, avec le lancement puis l’exploitation d’un calibre haute fréquence mythique, l’El Primero. Un calibre qui s’apprête à célébrer une date jubilaire et qui, dans le second souffle de son existence industrielle, participe au sauvetage de l’entreprise ainsi qu’à celui de trois de ses voisines, les marques Ebel, Cartier et Rolex. En tout, quatre parcours industriels pourtant violemment chahutés par les crises les plus violentes du secteur, qui auront la vie sauve.
 


En fait, il s’en fallut de peu pour que ne s’écroule et disparaisse à jamais ces fleurons actuels de l’excellence horlogère, porteurs au passage d’une énorme dose de suissitude. Car, dans les bennes à ordure encombrées d’une crise qui décima la branche, l’amputa des deux-tiers de ses emplois – soit environ 60'000 personnes au chômage –, on trouve des tonnes de grabats identitaires, d’outillages sacrifiés, de fournitures et de composants détruits. La faute à un quartz ultra précis en provenance du Japon, qui éclipsa momentanément l’amour du consommateur mondial pour la montre suisse. Un quartz qui fascina les managers de l’époque. Pour une grande partie d’entre eux, c’est dans cette direction qu’il fallait désormais aller. La direction de Zenith à l’époque, fraîchement passée en mains américaines, était de cet avis. Il fallait tourner le dos complètement à ce qu’on avait toujours fait jusqu’ici, à savoir à l’horlogerie mécanique. Le quartz, le tout-quartz, c’était désormais ça l’avenir.
 

Civisme horloger, la désobéissance de Charly

A cette époque, au milieu des années 1970, un chef d’atelier nommé Charles Vermot ne parvient pas à se résigner. On lui ordonne de tout bazarder, il refuse et tente de convaincre ses supérieurs. «Vous avez tort» leur écrit-il dans une lettre touchante, déterminée. «Tort de ne plus croire au chrono mécanique» assume-t-il. Il se fiche d’avoir raison, il veut juste convaincre, protéger des trésors qu’il juge inestimables de la vision managériale des éclairés de l’époque.
 


Là, dans ce grenier non plus saupoudré de poussière mais de poudre magique, on peut visionner l’interview de ce Charly, retrouvé par la télévision suisse romande de l’époque. C’est l’un des points forts du «Monde étoilé de Zenith», cette toute première visite de Manufacture ouverte par le Tourisme Neuchâtelois à l’adresse du grand public. L’homme n’a rien d’une forte tête, il est touchant, humble. A l’écran, il apparaît presque gêné d’avoir désobéi. Lui, l’insignifiant ouvrier des Ponts de Martel, lui que l’on n’aurait jamais imaginé oser résister, s’est retrouvé dans la posture de l’obstiné, du récalcitrant. Concrètement, il a donc entrepris de planquer dans ce grenier dérobé, les petites machines, les étampes, les plans ainsi que tout ce qui aurait pu avoir une importance et un intérêt dans la fabrication de ce calibre mythique, cet ADN sur lequel la marque n’en finit pas de se construire et de se développer.

Une visite de Manufacture ouverte au public


Désormais, le grand public, le touriste des environs comme celui venu de très loin, pourra franchir ce haut lieu horloger. Baptisée «Le Monde Etoilé de Zenith», la visite sera possible tous les vendredi, seul ou en groupe et pour une somme modique de CHF 40.00. Son tracé s’enfonce au cœur de cet immense complexe de bâtiments, regroupés à flancs de coteau, à quelques mètres d’une gare ferroviaire, et surtout, en plein terreau horloger protégé par l’inscription en 2009 des villes de la Chaux-de-Fonds et du Locle au Patrimoine Mondiale de l’Unesco. Un pèlerinage initiatique conçu par un team composé d’horlogers, d’historiens et de scénographes.
 


Jusque-là, malgré leurs efforts de Watch Valley ou de mise en perspective de tous les musées alentours, les hommes politiques et les ambassadeurs du Canton de Neuchâtel n’étaient jamais parvenu à «entrer» dans le vif du sujet, c’est à dire à franchir les blindages psychologiques et techniques des grandes manufactures. C’est un peu comme si, en pleine visite de la Bourgogne ou de la Champagne, les touristes et les passionnés d’arts vinicoles se voyaient systématiquement interdire l’accès à une cave modèle, à une dégustation suivie d’une incitation à l’achat. Alors survient la rencontre qui débloque la situation: les dirigeants du Tourisme Neuchâtelois et de la Promotion économique rencontrent Jean-Claude Biver, patron de la Division Montres du groupe LVMH propriétaire de Zenith. L’homme est également réputé pour disposer d’un caractère bien trempé et d’une détermination à déplacer les montagnes.
 

Julien Tornare, CEO de Zenith

Au Locle, en cette fin radieuse du mois d’avril 2018, il fut question de calibre iconique, de la riche histoire d’une marque… et d’un homme qui désobéit. Sa désobéissance interpelle jusqu’à Julien Tornare, CEO de Zenith, qui se souvient avoir été, à l’âge des études, marqué par la phrase de l’un de ses professeurs: «Never trust the expert». Autrement dit, ne gobez plus ce qu’on vous raconte, arrêtez de lire cet article. Faites-vous votre propre opinion, offrez-vous ce tour de plus de deux heures au cœur d’une des Manufactures de légende de l’horlogerie suisse, un territoire de magie qui jusqu’ici n’était réservé qu’à quelques privilégiés.
 

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